samedi 1 mars 2008

note de lecture: voyage au Zanskar, récit d'écrivain

Le Tibet sans peine
Pierre Jourde, éd. Gallimard, 2008, 118 pages, photos de l'auteur

Pierre Jourde a effectué 3 voyages au Ladakh. Le premier en 1980 (il a alors 25 ans), étape d'un voyage de jeunes copains balieusards (de Créteil) en Inde, et au Cachemire, où subjugué par les paysages grandioses du Ladakh, il se promet d'y revenir. Le second l'année suivante, où avec son amie. Ils rejoignent à nouveau la région par le Zoji La, puis le Zanskar, avec un guide muletier avant de reprendre la route pour Srinagar. Le troisième est entrepris 2 ans plus tard, pour des raisons difficiles à avouer. Avec son ami Thierry ils gagnent le Zanskar par le sud (Manali puis trek sans guide ni muletier Darsha - Padum par le Shingo La, ). Entrepris début juin ce voyage les confrontera à la neige et à la glace. Ils devront d'ailleurs poursuivre à pied, franchir le Pensi La et aller jusqu'à Panikahr pour rejoindre un route ouverte.

Pierre Joudre a entrepris l'écriture de ce récit 23 ans après. Il prend l'allure d'une "épopée cocasse, décrivant les tourments, les émerveillements et les ridicules de jeunes occidentaux livrés à une nature démesurée". Non sans autodérision il transcrit l'inconscience et la ténacité dont a fait preuve leur équipée. Espiègle il s'interroge sur les motivations des voyageurs de l'Himalaya et décrit le progressif état de délabrement moral et physique auquel l'épreuve conduit les voyageurs (face à la légereté, à l'hospitalité et à l'endurance des "Tibétains"). Une écriture qui évoque le ton et le sens de l'absurde de Nicolas Bouvier, qui nous livre des ambiances très "parlantes" tout en nous tendant un miroir souvent provocateur et ne laissant pas place à l'indifférence.

Fin de voyage à Leh, alors que le tourisme investit la ville:
"J'ai pitié de les voir se laissr prendre en photo par des Allemands roses et gras. J'ai pitié de les voir se laisser prendre en photo par moi. Même si je suis famélique. L'Occident aura aussi efficacement anéanti cette culture par la curiosité que, de l'autre côté de la frontière, la Chine par l'oppression. Et notre propre curiosité y aura contribué." (p. 114)

A Rarik, dernier village avant de s'engager dans le Shingo La en venant du sud:
" Je commençais à en prendre la mesure: la capacité d'une civilisation à admettre l'autre, et par conséquent la possibilité pour un Occidental d'entrer dans un accord profond avec elle tout en restant lui-même, est en raison inverse du degré d'asservissement des femmes. Est-ce seulement parce que nous avons besoin de retrouver ailleurs une image ressemblante, et et notamment une distribution comparable des rôles sexuels? Pas seulement. L'articulation du féminin et du masculin est libératrice. Leur exclusion mutuelle, tyrannique." (p.74)

François

1 commentaire:

Antoine a dit…

Et bien ! Cela promet de riches lectures avant le départ ! Merci de partager tout cela avec nous !